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Silvia Lázaro Díaz (Espagne) - Pour Teresa... - Présentation

Pour Teresa… nous plonge dans l’Espagne des années 70, celle de la fin du franquisme et de la Transition démocratique, en Andalousie.
               Le récit déroute quelque peu : la narration est fragmentée, l’ordre chronologique est bouleversé. C’est que le teresa1.jpgpersonnage de Teresa, comme nous le dit l’auteur dans son avant-propos, représente (c’est bien le mot : le récit nous place devant une représentation théâtrale) une multitude de femmes ; il cristallise les souffrances, les joies et les luttes féminines de son époque. C’est aussi que l’histoire de Teresa rencontre l’Histoire espagnole ; l’oppression qu’elle subit est celle de la société tout entière. Le personnage apparaît comme reflété par les éclats d’un miroir brisé, et son histoire personnelle s’insère dans le bouleversement historique que connaît le pays.
Teresa assiste à un spectacle, et c’est sa propre histoire qui se joue devant elle. La mise en abyme est renforcée par la voix d’une énigmatique narratrice : celle-ci se présente comme son amie et témoigne d’une connaissance intime de notre personnage, suscitant chez le lecteur de nombreuses questions.

 

 

 

Pour Teresa… est, avant tout, le récit d’une recherche d’émancipation des femmes dont la narratrice nous offre quelques portraits : « La Milonza », « Chica », « Anica », mère de Teresa, soumise à son époux, et, en creux, la grand-mère dont la disparition (au cours de la guerre civile) est une blessure qui ne s’est pas encore refermée.
Les personnages masculins sont présentés comme des oppresseurs et pourraient sembler quelque peu caricaturaux, mais on saisit à travers celui du père, « Pepillo », qu’ils sont eux aussi opprimés, sous le joug des rapports quasi-féodaux qu’imposent les grands propriétaires à l’abri de la dictature franquiste. La narratrice ne les exonère en aucun cas de leurs responsabilités, elle ne leur trouve aucune excuse ; elle montre cependant qu’ils teresa2.jpgreproduisent au sein de la famille la violence qu’ils subissent.
Toujours est-il que les femmes se trouvent doublement asservies.

 

 

 

Pour Teresa... nous rappelle également toute une époque : la fin des années 70, la libération des mœurs, les rêves et les déceptions de toute une génération qui, sur la page blanche de l’après-franquisme, cherchait à inventer un monde nouveau.

 

 

 

Le lecteur, après ces quelques lignes de présentation, pourrait aborder le roman avec appréhension : le sujet est complexe et peut se prêter aux déclarations les plus pesantes. Par bonheur, il n’en est rien ici : tout est dit avec retenue, dans un style elliptique, avec une poésie qui touche bien plus profondément que tous les discours stéréotypés.



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