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Présentation

Présentation - par equi-librio le 30/10/2008 @ 09:23

equi-librio et le monde de l’édition

La concentration des maisons d’édition et les bouleversements du système de distribution sont deux causes majeures du paradoxe que connaît actuellement ce secteur : alors que la publication massive se développe, le lectorat stagne et se détourne de produits standardisés, les auteurs contemporains ont beaucoup de mal à voir leurs œuvres éditées, sauf à se couler dans le moule d’un produit qui demande désormais un retour sur investissement rapide[1].

Or le livre n’est pas un produit comme les autres. C’est ce que reconnaît la loi par ses dispositions fiscales, par exemple. Il faut quelquefois des années pour qu’un auteur édité rencontre son public, et ce temps lui est désormais refusé[2].

Face à cette situation, les auteurs d’œuvres « hors format », peu adaptées aux grandes opérations de marketing, présentent un risque pour l’édition traditionnelle (a fortiori si les œuvres sont en langue étrangère et cumulent manque de notoriété et frais de traduction). Ils se tournent vers les solutions alternatives de l’édition à compte d’auteur et de l’auto-édition. Des passionnés de littérature créent des maisons d’édition qui jusqu’ici parvenaient difficilement à survivre, pour les plus performantes, grâce uniquement à une activité qui relevait plus du mécénat que du commerce.

Les nouvelles technologies, internet en particulier, sont en train de bousculer tout cela.

Les grands groupes éditoriaux, vivant de leur rente de situation, n’ont pas cru bon de prendre au sérieux ce phénomène. Après quelques tentatives, centrées exclusivement sur la distribution[3], ils ont considéré que leur quasi-monopole d’édition et de distribution leur permettait d’attendre.

Les auteurs et petits éditeurs, par contre, ont très tôt compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de cette évolution. En ce qui concerne le livre-papier, l’édition numérique « à la demande » permet désormais des tirages en nombre réduit à des prix abordables. Il n’est plus nécessaire de constituer un stock pour disposer d’un fonds. On peut décider de tirages par centaines et non plus par milliers ou dizaines de milliers, la réédition offre la souplesse qui faisait tant défaut[4].

Le livre-papier, par ailleurs, n’est plus le seul support de l’œuvre littéraire. L’essor spectaculaire d’internet[5], du haut débit et bientôt du très haut débit, permet le téléchargement dans des conditions acceptables. Si l’e-book n’en est qu’à ses balbutiements, il ne fait aucun doute qu’il offrira à très court terme un confort de lecture suffisant, et il a même des chances d’amener ou de ramener à la lecture les générations qui s’en étaient éloignées.

Le différentes formes ne s’opposent pas, bien au contraire, elles se complètent et s’enrichissent mutuellement.

 

C’est dans ce paysage éditorial en pleine mutation[6] que se créé la maison d’édition « equi-librio ».

Avec des moyens modestes, elle vise dans un premier temps l’équilibre financier et peut sans risque s’adapter aux évolutions à venir.

Ses premières publications sont des ouvrages en version bilingue de contes, nouvelles et « micro-fictions » espagnols et latino-américains, un genre très vivant dans les pays hispanophones, un domaine pratiquement inconnu du public français.

Pour ce faire, la publication d’anthologies a été écartée : il semble préférable de publier avec régularité trois ou quatre textes (par thèmes, auteurs ou pays) tous les deux ou trois mois, commercialisés à un prix raisonnable (entre 10 et 20 €) et constituer ainsi rapidement une collection, plutôt que d’éditer un ou deux ouvrages « fourre-tout » par an, quelques rares « pavés » hors de prix.
Ce premier objectif atteint (constitution d’une collection et équilibre financier), il sera peut-être alors temps d’envisager d’autres collections.

Les éditions equi-librio ne s’implantent pas en terre inconnue. D’autres ont commencé à défricher le terrain, comme Inventaire/Invention, Lekti-écriture qui présente sur son site près de cinquante éditeurs indépendants, ou Publie.net, créé par l’auteur François Bon, l’un des pionniers de la littérature sur internet.



[1] Deux grands groupes industriels dominent l'édition française : Hachette-Livre, propriété du groupe Lagardère, et Havas Publications Editions, appartenant à la structure industrielle Vivendi. (Lire à ce sujet l’étude de Ahmed Silem et Serge Lenga, professeur et doctorant en sciences de gestion, tous deux à l'université Jean-Moulin-Lyon-III).

« La concentration commerciale de l’édition française est aujourd’hui une réalité incontournable (les 30 plus grosses maisons d’éditions en France, soit seulement 1% des marques existantes, comptabilisent plus de 90 % du chiffre d’affaires). Cette situation de quasi monopole pèse lourdement sur les acteurs de la « chaîne du livre » et constitue une menace aujourd’hui sur la diversité des idées et des livres qui en sont les véhicules. […] » (Samuel Autexier dans Contre-feux, revue littéraire de Lekti-écriture)

[2] « Nous autres, écrivains, savons bien que la vie d’un livre est courte et que s’il ne trouve pas son public dans le mois qui suit sa sortie, il est condamné au pilon, c’est-à-dire à la destruction, pour laisser la place à d’autres. Quand on sait qu’un livre, pour ne parler que des romans, demande à son auteur entre deux et trois ans de travail quotidien, un mois pour le faire connaître, c’est peu. Quand on sait que, chaque année, l’édition française publie plus de cinq cents millions d’ouvrages dont plus de cent millions seront détruits, cela plonge l’écrivain dans un profond malaise. » Régine Deforges

[3] "Tous les acteurs de l'édition ont les yeux rivés sur Internet. Après les voyages et les vêtements, les livres arrivent en tête des produits les plus commandés sur la Toile. La croissance des ventes en ligne de livres est de 30 % à 40 %, alors que le marché du livre sera en recul (- 1 %) en 2006."
"Pour des éditeurs comme La Découverte, Les PUF ou Dunod, les ventes sur Internet représentent jusqu'à 8 % du chiffre d'affaires. Même des maisons comme Minuit, Au Diable Vauvert ou Le Dilettante ont Amazon.fr comme premier client, mais pour un montant modeste."
"Toutefois, à l'aune du chiffre d'affaires de l'édition - environ 4 milliards d'euros -, la part de la vente en ligne reste modeste. Elle ne représente que 4,5 % en 2006 (contre 3,7 % en 2005), soit 130 millions d'euros".

[4] En moyenne, 500 millions de livres imprimés chaque année en France dont 400 millions vendus et 100 millions détruits.

[5] Fin 2004, la France comptait quelque 6,5 millions d'abonnements à l'Internet haut débit. Trois ans plus tard, ce parc a plus que doublé pour atteindre 15,5 millions d'abonnements, dont 14,8 millions de lignes ADSL. La moitié de ce parc ADSL est constitué de lignes dégroupées. Le parc d'accès dégroupés a en effet atteint 7,5 millions au 31 décembre 2007, dont les deux tiers sans abonnements à un service téléphonique classique (dégroupage total). (Le Journal du Net)

[6] Rapport de la Commission de réflexion sur Le livre numérique Ministère de la Culture

Le développement du commerce électronique du livre

Le commerce électronique du livre se développera.
Certes, les bénéfices sont aujourd’hui peu élevés, ou plutôt il n’y a que des pertes. […]
Certes les habitudes d’achat par correspondance sont moins ancrées en Europe qu’aux États-Unis : 15 % des achats se font de cette façon outre-Atlantique contre 3 % en France.
Certes, enfin, les librairies virtuelles ont en réalité recours, bien souvent, aux mêmes bases de données disponibles sur le marché, ce qui limite leur apport. Seuls changent l’habillage et la vitrine.

Mais le livre est un produit très adapté au commerce électronique.
Si on analyse l’« industrie » du livre à l’aune des prévisions en termes de commerce électronique, on s’aperçoit que le livre satisfait aux principes retenus par les experts du domaine.

Le premier élément d’analyse, c’est l’existence d’un choix possible pour le consommateur. Il y a aujourd’hui plusieurs millions de titres disponibles sur le marché mondial du livre. La quantité de livres est telle, qu’il n’existe plus de capacités physiques pour stocker et présenter la totalité de la production éditoriale […]

Le deuxième élément, c’est la non standardisation du produit. Chaque lecteur a ses propres centres d’intérêt. Le numérique permet de segmenter plus facilement le marché en fonction des publics et de créer des synergies pour telle ou telle communauté de lecteurs. Il y a, en général, une forte identification d’un public en fonction de tel ou tel type de culture. Les librairies électroniques, en particulier les plus consultées, développent un contenu éditorial propre : notices sur les ouvrages ou leurs auteurs, critiques des ouvrages, entretiens avec les auteurs, forums de discussion entre les lecteurs. Autant d’éléments qui viennent s’ajouter aux reproductions des couvertures ou des quatrièmes de couverture ou à la mise en ligne fréquente d’extraits des ouvrages. Les librairies virtuelles devraient en particulier bénéficier à des secteurs qui constituent des niches et, pour une large part, à un public d’expatriés ou à des lecteurs francophones de pays éloignés.

Le troisième élément, c’est la nature du produit. Une fois le choix du livre effectué, il n’y a pas de différence de nature physique entre tel ou tel livre, à la différence par exemple des fruits et légumes, qu’il convient de choisir presque à l’unité sur l’étalage.

Le quatrième élément, c’est l’adaptation aux besoins exprimés. La déception d’un lecteur après sa lecture n’est pas du même type que celle d’un acheteur par correspondance d’un vêtement trop grand ou trop petit.

Le cinquième élément, c’est le rythme de la production elle-même. Chaque livre a une durée de vie de plus en plus limitée, sauf pour certains livres de référence. Si l’on met à part la gestion des fonds éditoriaux, le monde de l’édition est un monde sensible aux variations de l’actualité et au goût pour le neuf, y compris dans la reprise des fonds. Le taux de circulation de beaucoup de livres est élevé, ce que le numérique est à même de gérer avec efficacité.



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